Calcul quantique : Google franchit une étape avec sa puce Willow et relance le débat sur Bitcoin
Google a réduit d'environ 40 fois les erreurs de calcul quantique sur sa puce Willow. Cette avancée relance le débat sur la sécurité des clés Bitcoin exposées.

L'essentiel
- Google Quantum AI a réduit d'environ 40 fois les erreurs de préparation des états magiques sur sa puce Willow, selon Science.
- La méthode de cultivation conserve 8 % des états générés avec une fidélité record de 99,99 %, d'après les chercheurs de Google.
- Google estimait en mars 2026 que moins de 500 000 qubits physiques permettraient de casser la cryptographie de Bitcoin.
- Le secteur commence ses préparatifs face au quantique, tandis que 100,02 BTC dormants depuis 2010 ont bougé début octobre, selon CoinDesk.
Une réduction d'erreurs par quarante sur la puce Willow de Google
Google Quantum AI a dévoilé dans la revue Science, le jeudi 15 octobre 2026, un résultat expérimental obtenu sur son processeur Willow, rapportent le Journal du Coin et Decrypt. Les chercheurs du groupe technologique ont mis en œuvre un procédé réduisant d'environ 40 fois les erreurs générées lors de la création d'états spécifiques nécessaires aux calculs quantiques avancés.
Cette annonce technique intervient alors que le monde des cryptoactifs s'interroge sur la vulnérabilité future de ses mécanismes cryptographiques. D'après CoinDesk, les débats entourant la menace quantique pour Bitcoin se focalisent habituellement sur la taille brute des machines théoriques, en négligeant souvent la fraction matérielle indispensable à la simple préparation des calculs.
Sur les marchés, l'action de la maison mère Alphabet a clôturé à 340,59 dollars le 16 octobre 2026, affichant un recul de 2,47 % selon les données de Yahoo Finance. De son côté, le cours de Bitcoin s'établit à 72 652,00 euros le 17 octobre 2026 dans la matinée, en repli de 0,69 % sur vingt-quatre heures d'après les relevés de CoinGecko.
La technique de la « cultivation » face au fardeau des états magiques
Le calcul quantique repose sur des qubits, unités d'information particulièrement instables face à la chaleur, aux secousses et aux signaux parasites, rappelle CoinDesk. Pour stabiliser le système, les concepteurs regroupent plusieurs qubits physiques afin de former des qubits logiques protégés contre les perturbations. Toutefois, certaines instructions indispensables, nommées portes T, ne peuvent pas être exécutées directement par ce mécanisme de correction classique, précise le Journal du Coin. Sans ces opérations, les calculateurs quantiques ne feraient pas mieux qu'un ordinateur conventionnel.
L'exécution des portes T exige la fabrication de ressources à usage unique appelées « états magiques ». Selon les explications relayées par Decrypt et le Journal du Coin, la production de ces composants éphémères peut mobiliser jusqu'à 95 % des capacités totales d'une machine quantique. En 2004, Sergei Bravyi et Alexei Kitaev avaient imaginé une approche par distillation, nécessitant l'aménagement d'usines complexes de qubits sur les puces.
Pour surmonter cette contrainte, Google applique une méthode baptisée « cultivation », théorisée en 2024 par Craig Gidney et ses confrères. Selon le Journal du Coin, l'équipe menée par Emma Rosenfeld et Craig Gidney a injecté un état brut sur la puce Willow avant d'effectuer une série de contrôles stricts et d'éliminer les essais défaillants. L'expérience a employé au plus 54 des 105 qubits physiques du processeur en migrant d'un code couleur de distance 3 vers un code de surface de distance 5.
Les états T ainsi obtenus affichent une fidélité de 99,99 %, ce qui correspond à une division par 40 des erreurs par rapport aux états dépourvus de ce filtrage, souligne le Journal du Coin. Cette sélection drastique présente néanmoins un rendement modeste : Decrypt et CoinDesk rapportent que 92 % des tentatives sont écartées, seul un taux d'environ 8 % d'états franchissant victorieusement les étapes de vérification.
Les estimations de ressources pour menacer la cryptographie de Bitcoin
Les répercussions de ces avancées intéressent directement la sécurité des chaînes de blocs. D'après un livre blanc publié en mars 2026 par Google, corédigé avec Justin Drake et Dan Boneh et cité par Decrypt et le Journal du Coin, une machine quantique supraconductrice dotée de moins de 500 000 qubits physiques suffirait pour briser la cryptographie sur courbes elliptiques utilisée par Bitcoin et Ethereum. Ce travail théorique intégrait déjà l'hypothèse d'une cultivation performante des états magiques.
Le seuil matériel théorique requis pour casser une clé secp256k1 était d'ailleurs évalué à 813 qubits logiques à la fin du mois d'août, rapporte le Journal du Coin. Parallèlement, les estimations concernant la factorisation d'une clé RSA-2048 ont fortement diminué au fil des années, passant de 20 millions de qubits bruités en 2019 à moins d'un million en mai 2025 sous l'impulsion des calculs de Craig Gidney.
Toutefois, la puce Willow ne dispose pour le moment que de 105 qubits physiques, rappelle Decrypt. De plus, les sources soulignent l'écart considérable qui sépare l'expérience actuelle d'un piratage effectif. Briser un chiffrement RSA-2048 nécessiterait d'atteindre un taux d'erreur de l'ordre d'un sur dix milliards, ce qui implique une précision environ un million de fois supérieure au niveau constaté sur Willow, indiquent Decrypt et le Journal du Coin.
Le Journal du Coin mentionne néanmoins une loi d'échelle issue de la publication scientifique : les anomalies diminuent avec le cube du bruit matériel. Ainsi, réduire de moitié le bruit sur Willow comprimerait le ratio d'erreurs à environ deux pour 100 000. Google a cependant précisé que cette méthode de cultivation doit encore faire ses preuves à une échelle plus vaste et nécessite des développements pour s'insérer dans des opérations en temps réel.
L'exposition des adresses anciennes et les mouvements récents de fonds
La menace théorique concerne particulièrement certaines catégories d'adresses Bitcoin. CoinDesk explique qu'une transaction classique requiert une clé secrète pour valider le transfert et expose ensuite la clé publique correspondante sur le registre public. En utilisant l'algorithme présenté en 1994 par le mathématicien Peter Shor, un attaquant disposant d'un ordinateur quantique opérationnel pourrait reconstituer la clé privée à partir de la clé publique pour signer des transactions frauduleuses.
Une phrase de récupération conservée physiquement ne protège pas contre ce risque, les données publiques étant déjà inscrites sur la chaîne, rappelle CoinDesk. Si des formats d'adresses ultérieurs masquent la clé publique sous une empreinte numérique (ou hachage) jusqu'à la première dépense, les avoirs les plus anciens de Bitcoin possèdent des clés publiques exposées depuis leur création par minage. Les unités perdues dont les clés secrètes ont disparu ne pourront jamais être transférées vers de nouveaux formats sécurisés, demeurant exposées à de futures attaques.
Ces vulnérabilités alimentent des transferts sur le réseau. Le 7 octobre 2026, 100,02 BTC endormis depuis juillet 2010 ont été transférés après plus de seize ans d'inactivité, représentant une valeur d'environ 8,5 millions de dollars, relate CoinDesk. Durant le mois d'août 2026, six portefeuilles immobiles depuis les années 2011 à 2014 avaient également déplacé 553,59 BTC, soit près de 40 millions de dollars à cette date. CoinDesk note toutefois que ces opérations ne prouvent pas à elles seules une panique liée au quantique, les réorganisations de portefeuilles ou les ventes constituant d'autres explications courantes.
Préparatifs du secteur et calendrier institutionnel
Face à cette trajectoire technologique, l'écosystème crypto intensifie ses mesures préventives. Selon Decrypt, Coinbase a défendu la nécessité d'entamer sans attendre la migration vers des systèmes résistants, tandis que le réseau Sui expérimente des transactions protégées contre le quantique sur un environnement de test. D'autres protocoles comme Ethereum, Zcash et Near préparent également des stratégies d'adaptation.
Sur Bitcoin, le Journal du Coin rapporte que des initiatives communautaires sont à l'étude, notamment les propositions BIP-360 et BIP-361. Par ailleurs, la société Circle diffuse depuis août un tableau public mesurant la distance séparant les qubits démontrés en laboratoire du nombre requis pour casser les algorithmes actuels.
Les agences gouvernementales fixent également des échéances strictes. Le National Institute of Standards and Technology (NIST) prévoit ainsi de déprécier les protocoles cryptographiques vulnérables après 2030, avant d'en prononcer l'interdiction après 2035, rappelle le Journal du Coin.
Enfin, Decrypt rapporte une mise en garde formulée par le chercheur Justin Drake au début du mois d'octobre 2026. Ce dernier a recommandé aux grands détenteurs de bitcoins d'acheminer leurs avoirs vers des adresses vierges n'ayant jamais signé de transaction. Selon Decrypt, Justin Drake estime que les avancées mathématiques guidées par l'intelligence artificielle pourraient compromettre les courbes elliptiques sur du matériel informatique standard en l'espace de « mois et non années », exposant l'industrie cryptographique à une double pression simultanée associant IA et calcul quantique.
Instruments cités
Sources
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