Aller au contenu
TimeLinq
IA & Tech

CoreWeave voit ses dérivés de crédit s'envoler à des niveaux de détresse face aux doutes sur la dette de l'IA

Les dérivés de crédit de CoreWeave ont atteint des niveaux de détresse, illustrant les doutes croissants des marchés sur la dette de 51 milliards de dollars contractée par le groupe d'infrastructure d'intelligence artificielle.

4 min de lecture
Photo illustrant : CoreWeave data center
Photo : Astrobond · CC BY-SA 4.0. Source : Wikimedia Commons

L'essentiel

  • Les contrats de couverture sur le défaut de CoreWeave ont atteint 1 038 points de base après avoir dépassé 1 140 points de base, selon CNBC.
  • CoreWeave a contracté plus de 51 milliards de dollars de dettes et d'engagements pour financer son infrastructure IA, d'après CNBC.
  • Le rendement de l'obligation 2031 de CoreWeave est monté à 15,78 %, marquant un niveau de détresse sur le crédit selon S&P Global Market Intelligence.
  • Deutsche Bank rapporte que le carnet de commandes de CoreWeave dépasse 100 milliards de dollars auprès de grands groupes comme Microsoft et Meta, d'après CNBC.

Flambée des dérivés de crédit et plongeon obligataire

Le coût de l'assurance contre un défaut de paiement du spécialiste de l'infrastructure pour l'intelligence artificielle CoreWeave a atteint des seuils critiques en cette mi-octobre 2026. D'après les informations rapportées par CNBC, l'écart sur le contrat d'échange sur le risque de crédit (CDS) à cinq ans associé à l'entreprise a grimpé jusqu'à plus de 1 140 points de base le 15 octobre 2026, avant de s'établir à près de 1 038 points de base. Cette progression représente une hausse de 16 % en une semaine et de 164 % sur un an. Dow Jones a souligné de son côté qu'il devient nettement plus coûteux pour les investisseurs d'acheter une couverture face à un éventuel défaut du groupe.

Ces turbulences se manifestent également sur le marché obligataire. Le rendement à l'échéance de l'emprunt à coupon de 9,75 % émis par CoreWeave avec une maturité en 2031 s'est hissé à 15,78 %, relève CNBC, rappelant que les rendements évoluent à l'inverse du cours des obligations. Selon Gavan Nolan, directeur exécutif de la tarification des titres à revenu fixe chez S&P Global Market Intelligence, un écart de CDS franchissant 1 000 points de base signale couramment une situation de détresse financière. Par ailleurs, Dow Jones a fait savoir que les signes de tensions augmentent sur le compartiment des obligations à haut rendement dites « junk », où les récents emprunts liés à l'intelligence artificielle subissent une surveillance renforcée.

Un modèle d'expansion financé par 51 milliards de dollars d'engagements

La situation de CoreWeave, société qualifiée de « néocloud » fournissant des capacités de calcul accéléré pour l'intelligence artificielle, illustre les interrogations relatives à l'ampleur des investissements du secteur. CNBC rapporte que l'entreprise soutenue par Nvidia a souscrit plus de 51 milliards de dollars de dettes et d'engagements pour financer le déploiement de ses centres de données. Le groupe fait désormais face à la défiance des investisseurs sur les marchés d'actions comme de titres obligataires face aux craintes de surinvestissement.

Le bureau d'intermédiation d'Evercore ISI a résumé la réaction des marchés en affirmant que les intervenants refusent désormais la dette d'intelligence artificielle si elle ne s'accompagne pas d'un soutien par des flux de trésorerie d'exploitation. Gavan Nolan, chez S&P Global Market Intelligence, a noté que si les contrats de CoreWeave avec l'ensemble des grands fournisseurs de cloud à grande échelle confirment la réalité de la demande, la rentabilité effective reste à démontrer. L'expert a souligné que le flux de trésorerie disponible du groupe demeure fortement négatif, rendant l'arrivée future de ces flux monétaires indispensable pour justifier les dépenses engagées.

Pressions vendeuses sur les actions et les marchés d'options

La défiance sur le crédit s'est propagée aux actions et aux instruments dérivés. Le mercredi 14 octobre 2026, l'action CoreWeave avait plongé de 15,5 %, d'après CNBC. Le lendemain, après un début de séance baissier, le titre s'est repris pour terminer à 69,69 dollars, marquant un gain de 5,94 % selon les données de Yahoo Finance. Cette fébrilité s'est accrue après des échanges sur le réseau social X : Chamath Palihapitiya, fondateur de Social Capital, y a partagé une capture d'écran signalant des rendements obligataires de 15 % pour CoreWeave et soulevant la question d'une bulle du crédit privé, publication à laquelle Elon Musk a répondu « yikes ». Par ailleurs, le journal Financial Times a rapporté que CoreWeave cherchait de nouveaux emprunts auprès de compagnies d'assurance.

Sur le marché des options, les volumes sur CoreWeave ont atteint plus de sept fois la moyenne des trente derniers jours le 14 octobre 2026, avec près de 200 000 options de vente négociées contre 106 000 options d'achat, indique CNBC. Les données de SpotGamma mentionnent une transaction d'ampleur portant sur 26 000 options de vente au prix d'exercice de 37,5 dollars expirant le 18 décembre, conclue à 74 cents par contrat pour un montant total de 1,9 million de dollars. Scott Bauer, dirigeant de Prosper Trading Academy, a qualifié ces prises de position de couvertures face à une bulle, tout en rappelant que CoreWeave avait fait son entrée en bourse en mars 2025 au cours de 40 dollars par action.

Craintes de contagion au sein de l'écosystème technologique

Les remous n'ont pas épargné les autres acteurs du secteur néocloud. Toujours selon CNBC, les titres Nebius Group et Iren ont tous deux chuté jusqu'à 10 % en séance le 14 octobre 2026. Le 15 octobre 2026, Nebius a rebondi de 1,29 % à la clôture tandis qu'Iren cédait moins de 1 %. Les volumes d'options ont été près de quatre fois supérieurs à la moyenne sur Nebius et ont doublé pour Iren.

L'inquiétude a également touché l'industrie des puces électroniques. À la suite d'un mouvement vendeur en Corée du Sud, Micron Technology a progressé de 1,87 % et Advanced Micro Devices a reculé de 1,5 % le 15 octobre 2026. Sur le plan obligataire, Jim Reid, responsable de la recherche macroéconomique mondiale chez Deutsche Bank, a prévenu que ces tensions pouvaient provoquer des réactions en chaîne. L'analyste a cité le spread du CDS à cinq ans d'Oracle, qui a monté d'environ 10 % en une semaine à 282 points de base, alertant sur le fait qu'une rétrogradation sous la note BBB obligerait certains fonds à des ventes forcées.

Les arguments de la direction face aux doutes des créanciers

Pour tenter d'apaiser les craintes, le directeur général de CoreWeave, Mike Intrator, a adressé un mémo interne à ses équipes le 14 octobre 2026, consulté par CNBC. Le dirigeant y assure que la construction d'un nouveau modèle technologique expose parfois l'entreprise à des incompréhensions et à des réactions de marché irrationnelles, réaffirmant sa pleine confiance dans le carnet de commandes pour honorer l'ensemble des obligations financières.

Cette position a trouvé un écho dans une analyse de Deutsche Bank diffusée le 15 octobre 2026 et rapportée par CNBC. La banque d'investissement a souligné que le carnet de commandes de CoreWeave dépasse 100 milliards de dollars. L'établissement bancaire a également précisé qu'environ deux tiers de ces engagements proviennent de contreparties bénéficiant d'une notation de crédit de catégorie investissement, parmi lesquelles figurent Microsoft, Meta, IBM et Caterpillar.

Instruments cités

Sources

Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.

  1. 1.
  2. 2.
  3. 3.
  4. 4.

À lire aussi