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Économie

Dette publique : le FMI appelle les États-Unis et la France à assainir d'urgence leurs finances

Kristalina Georgieva avertit que la croissance ne suffira pas à résorber la dette américaine et presse les pays avancés d'assainir leurs finances publiques face à l'envolée des taux obligataires.

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Photo illustrant : FMI
Photo : Collin photographe · Public domain. Source : Wikimedia Commons

L'essentiel

  • Selon Kristalina Georgieva, la croissance économique ne suffira pas à rééquilibrer le déficit budgétaire américain.
  • D'après Le Figaro et BFM Business, la France devra faire preuve de patience avant de regagner la confiance des marchés, alors que le taux d'emprunt à 10 ans avoisine 5 %.
  • Le FMI alerte dans son rapport financier sur les risques d'une hausse brutale des rendements obligataires souverains dans les pays avancés.
  • Les géants de l'intelligence artificielle absorbent désormais 10 % des émissions mondiales d'obligations de qualité, contre moins de 1 % en 2024, selon CNBC.
  • La dette publique mondiale se rapproche de 100 % du PIB d'ici la fin de la décennie, prévient le FMI.

Les réserves du FMI face à la stratégie américaine

À l'occasion des réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale organisées à Bangkok, Kristalina Georgieva a mis en garde contre la stratégie budgétaire des États-Unis, a rapporté CNBC. Selon la directrice générale de l'institution, le gouvernement américain mise excessivement sur l'accélération de l'activité pour juguler son endettement. Bien qu'une expansion économique soit utile, elle ne peut pas assurer avec la rapidité requise les corrections nécessaires, a-t-elle insisté lors d'un panel mercredi.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a soutenu le mois dernier qu'une progression de l'activité supérieure à 3 % permettrait au pays de surmonter la crise de la dette et d'infléchir la trajectoire du ratio d'endettement par rapport au produit intérieur brut, rappelle CNBC. L'administration fédérale met en avant les investissements dans l'intelligence artificielle, les relocalisations industrielles et les baisses d'impôts pour stimuler la croissance. Toutefois, le FMI table sur une expansion américaine limitée à 2,3 % en 2026 puis en 2027. Selon ses projections issues des perspectives économiques mondiales d'octobre, la dette publique brute des États-Unis devrait grimper jusqu'à 142 % du PIB d'ici 2031, alors que la dette fédérale a déjà franchi le seuil de 100 % du PIB et dépassé 40 000 milliards de dollars.

La trajectoire budgétaire incertaine de la France

La situation des finances publiques en France suscite également l'inquiétude de la cheffe du FMI, ont rapporté Le Figaro et BFM Business. En marge des réunions de Bangkok, Kristalina Georgieva a prévenu qu'il faudra du temps avant de restaurer l'entière confiance des investisseurs et de la population, alors que l'Hexagone s'efforce de placer son passif sur une pente descendante.

L'Assemblée nationale doit entamer mardi l'examen du projet de loi de finances pour 2027, avec pour cible de ramener le déficit public à 5 % du PIB l'an prochain, ont précisé les deux médias français. Cependant, cette trajectoire demeure très précaire en raison de l'absence de majorité parlementaire et du calendrier politique marqué par l'élection présidentielle. Dans ce contexte, la charge de la dette s'alourdit : le rendement des emprunts d'État français à 10 ans côtoie désormais la barre des 5 %, sur fond de doutes sur la stabilité politique et budgétaire de la France.

Une tension généralisée sur les marchés obligataires

La dégradation des comptes publics ne se limite pas à ces deux pays, a souligné la dirigeante du FMI selon Le Figaro. Kristalina Georgieva a pressé les pays développés de réparer d'urgence leurs fondations budgétaires avant l'apparition de failles plus profondes, en optimisant la gestion publique, en maîtrisant les dépenses et en relevant les recettes. D'après l'institution de Washington, trop d'États n'ont pas profité de l'après-pandémie pour reconstituer leurs réserves, ce qui laisse l'endettement mondial sur le point de dépasser 100 % du PIB avant la fin de la décennie.

Cette situation nourrit de vives tensions sur les marchés de taux, a analysé le FMI dans son rapport sur la stabilité financière mondiale cité par CNBC. Sur le compartiment souverain, le coût d'emprunt des États-Unis sur les maturités à dix et trente ans s'est hissé à des sommets inédits depuis 2002, tout comme les taux d'intérêt français à 10 ans qui flirtent avec 5 %. Le taux américain de référence à 10 ans évoluait d'ailleurs autour de 5,2 % mercredi. Cette poussée résulte à la fois des tensions inflationnistes liées à l'énergie, du durcissement monétaire des banques centrales et des doutes croissants sur la discipline des États.

La concurrence des levées de fonds dans l'intelligence artificielle

Le rapport du FMI relayé par CNBC met en évidence une autre source de tension sur la dette publique : la concurrence des entreprises technologiques. Les géants du secteur mobilisent d'immenses volumes de capitaux pour financer l'intelligence artificielle, rivalisant directement avec les émissions des Trésors nationaux. Les hyperscalers représentent désormais 10 % des émissions obligataires d'entreprises de bonne qualité de crédit dans le monde, alors que leur part était inférieure à 1 % en 2024.

L'institution financière s'alarme également de montages financiers circulaires entre entreprises du secteur. Depuis 2023, quatorze transactions répertoriées ont drainé environ 300 milliards de dollars en capital et 650 milliards de dollars sous forme de dette vers des firmes d'IA moins solides, en contrepartie de 1 400 milliards de dollars d'engagements sur des revenus futurs, a détaillé Jason Wu, directeur adjoint au FMI. Si la rentabilité commerciale de ces technologies décevait, ces engagements pourraient ne pas se matérialiser, fragilisant l'ensemble du système.

Des risques accrus pour la stabilité financière mondiale

La vulnérabilité des marchés souverains est accentuée par les positions spéculatives, prévient le rapport du FMI. Selon des données de la Réserve fédérale citées par l'organisme, la part des bons du Trésor américain détenue par les hedge funds est montée à environ 9 % en 2025, contre 4 % en 2022. Caio Ferreira, chef de division adjoint au FMI, a souligné que l'effet de levier et l'accumulation de positions identiques par plusieurs fonds font craindre un dénouement désordonné en cas de retournement de marché.

Face à ces périls, le FMI recommande aux émetteurs souverains d'allonger la maturité moyenne de leurs emprunts afin de limiter les risques de refinancement, et exhorte les gouvernements à adopter des cadres budgétaires crédibles à moyen terme. Selon Kristalina Georgieva, citée par Le Figaro et BFM Business, la hausse des taux de référence prive également les pays émergents et à faible revenu de marges de sécurité, alourdissant le service de leur dette dans un environnement déjà fragilisé par les chocs climatiques et les cours énergétiques.

Sources

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