Les banques peuvent freiner la croissance des stablecoins en rémunérant mieux leurs dépôts, selon la BRI
Une hausse de 0,01 point des taux de dépôt bancaires ralentit la croissance des stablecoins, selon une étude de la Banque des règlements internationaux relayée par CoinDesk.

L'essentiel
- Selon une étude de la BRI, relever les taux de dépôt de 0,01 point de pourcentage freine la croissance sur dix semaines de la capitalisation des stablecoins d'environ 15 % à environ 12 %.
- L'estimation privilégiée par les chercheurs de la BRI évalue même ce ralentissement à environ 6 %, sans toutefois inverser la progression des stablecoins.
- Le directeur général de Bank of America, Brian Moynihan, a mis en garde en janvier contre le risque de fuite de 6 000 milliards de dollars de dépôts vers ces actifs.
- Selon une analyse de la Réserve fédérale, les dépôts d'émetteurs peuvent modifier la composition du financement bancaire et contraindre les banques à détenir plus d'actifs liquides.
Une rémunération plus attractive des dépôts face aux cryptomonnaies
Les établissements bancaires traditionnels pourraient freiner l'essor des cryptomonnaies stables en rehaussant la rémunération servie à leurs épargnants, selon un document de travail publié par la Banque des règlements internationaux (BRI) et rapporté par CoinDesk. L'étude s'intéresse en particulier à des jetons adossés au dollar comme l'USDT de Tether ou l'USDC de Circle, dont la progression rapide suscite l'attention grandissante des régulateurs et du secteur financier.
Les chercheurs Rashad Ahmed et Iñaki Aldasoro ont examiné une série de données hebdomadaires couvrant la période de janvier 2019 à juin 2025. Leurs travaux intègrent plusieurs paramètres de marché, notamment le cours du bitcoin, le rendement des emprunts d'État américains ainsi que les conditions financières générales. Leurs conclusions indiquent qu'une augmentation minime, sur une semaine, des taux moyens des dépôts bancaires entraîne un ralentissement mesurable du rythme d'expansion de ces actifs numériques.
L'impact d'un point de base sur la capitalisation des stablecoins
D'après le rapport de la BRI détaillé par CoinDesk, une hausse d'un point de base des taux moyens de dépôt, soit seulement 0,01 point de pourcentage, suffit pour réduire la cadence d'expansion des stablecoins. Sur une période de référence de dix semaines, la progression moyenne de la capitalisation boursière de ces actifs passe ainsi d'environ 15 % à environ 12 %.
Dans leur modèle d'estimation préféré, qui tient compte du fait que les banques relèvent parfois leurs taux en réaction directe à l'essor des cryptomonnaies stables, les auteurs observent une incidence environ trois fois plus marquée. Avec cette approche, la hausse sur dix semaines ralentit jusqu'à s'établir autour de 6 %, même si les chercheurs soulignent certaines faiblesses méthodologiques associées à ce calcul. L'étude précise que dans l'un comme dans l'autre cas, la dynamique de croissance est ralentie, mais ne s'inverse pas.
Par ailleurs, ce lien statistique apparaît plus prononcé pour l'USDC de Circle que pour l'USDT émis par Tether. Rashad Ahmed et Iñaki Aldasoro expliquent cette divergence par les attaches plus étroites qu'entretient l'USDC avec les utilisateurs situés aux États-Unis.
Les craintes du secteur bancaire sur les liquidités et les crédits
Ces observations interviennent dans un contexte d'inquiétudes croissantes exprimées par les dirigeants du secteur bancaire, souligne CoinDesk. En janvier, le directeur général de Bank of America, Brian Moynihan, avait prévenu qu'une somme pouvant atteindre 6 000 milliards de dollars de dépôts risquait de migrer vers les stablecoins et des produits analogues offrant un rendement. Un tel transfert de fonds pourrait restreindre la capacité d'octroi de prêts des établissements financiers et renchérir les coûts d'emprunt pour l'économie.
Le document rappelle que les répercussions dépendent en partie de l'endroit où les émetteurs de cryptomonnaies stables placent leurs réserves. Selon une analyse effectuée en décembre par les équipes de la Réserve fédérale, les sommes investies dans des stablecoins peuvent en réalité réintégrer le circuit bancaire sous forme de dépôts émis directement par les sociétés émettrices de ces jetons. Dans ce cas de figure, l'identité des fournisseurs de liquidités des banques change, quand bien même le montant global des dépôts demeure constant.
Une gestion des coûts de financement soumise à des limites
Cette transformation de la structure des dépôts n'est toutefois pas sans risque pour les bilans bancaires. Des soldes plus importants et non garantis par une assurance peuvent contraindre les banques à conserver une part supérieure d'actifs très liquides, réduisant d'autant la marge disponible pour accorder des crédits à long terme, d'après les travaux de la Réserve fédérale cités par CoinDesk.
Pour fidéliser leur clientèle et éviter les départs de capitaux, les établissements peuvent augmenter la rémunération des comptes, mais cette stratégie alourdit en retour leur propre coût de financement. L'analyse de la Fed suggère qu'une solution consisterait à proposer des taux bonifiés uniquement aux profils de déposants les plus enclins à basculer vers les cryptomonnaies, tout en maintenant des conditions inférieures pour les clients les moins mobiles.
Les auteurs de l'étude de la BRI soulignent néanmoins que leur document n'établit pas de pertes effectives en matière de dépôts ou de crédits bancaires. L'échantillon analysé ne comprend qu'un seul épisode de taux élevés, et ces dynamiques pourraient évoluer à mesure que se développent les stablecoins rémunérés et les fonds monétaires sous forme de jetons. Rashad Ahmed et Iñaki Aldasoro concluent que les banques conservent une certaine influence sur le rythme de cette adoption grâce à la tarification de leurs dépôts.
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
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