Actions tokenisées : neuf entreprises américaines et le Nasdaq s'opposent à leur cotation sur OKXICE
Neuf entreprises, dont Broadcom, Verizon et UnitedHealth, ainsi que le Nasdaq, refusent la tokenisation de leurs actions sur OKXICE selon les avis publiés.

L'essentiel
- Neuf sociétés cotées, parmi lesquelles Broadcom, Verizon et UnitedHealth, ont notifié leur refus d'être tokenisées sur OKXICE, selon un avis public d'OKXICE.
- Le Nasdaq a également rejeté la cotation de ses propres actions sur des plateformes n'alimentant pas le consolidated tape, selon une foire aux questions de l'opérateur boursier.
- Le dispositif de la SEC impose un préavis et accorde aux entreprises un délai de trente jours pour s'opposer à un projet, d'après des éléments rapportés par le Journal du Coin.
- OKXICE maintient le lancement d'actions tokenisées pour des dizaines d'autres groupes dont Apple, Nvidia et Microsoft, selon le Journal du Coin.
Une vague de contestations d'émetteurs face au projet d'OKX-ICE
Le cadre réglementaire établi par la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine pour la négociation d'actions tokenisées se heurte à des contestations directes de la part d'entreprises cotées. D'après un avis public diffusé le 15 octobre 2026 par OKXICE, la coentreprise unissant la plateforme d'échange crypto OKX et Intercontinental Exchange (ICE), maison-mère de la Bourse de New York, plusieurs grands groupes américains refusent que leurs actions soient négociées sous forme de jetons numériques sur ce marché.
Selon les éléments rapportés par CoinDesk et le Journal du Coin, neuf émetteurs au total ont signifié leur veto. La liste des entreprises opposées comprend Broadcom, Verizon et UnitedHealth, ainsi qu'AppLovin, Applied Digital, Rocket Lab, CoreWeave et Applied Optoelectronics. Le fabricant de composants pour l'intelligence artificielle Cerebras Systems s'était quant à lui retiré formellement un peu plus tôt. Sur ces neuf sociétés, huit faisaient partie de la sélection de 63 titres de firmes cotées aux États-Unis initialement ciblée par OKXICE lors de sa notification à la SEC annoncée le 5 octobre 2026, Cerebras n'y figurant pas. La publication d'OKXICE ne précisait ni la date de réception de ces contestations ni les motivations avancées par ces groupes.
En marge de ce relevé, le Nasdaq a également choisi d'exclure ses propres actions du dispositif. Selon une foire aux questions diffusée sur son propre site et confirmée au Wall Street Journal, l'opérateur boursier s'oppose à la négociation de ses titres sur un lieu qui ne diffuse pas les meilleurs prix en temps réel et n'alimente pas le flux consolidé regroupant les données boursières du marché américain.
Le fonctionnement de la clause de retrait fixée par la SEC
Ce droit d'opposition découle directement des règles posées par l'autorité américaine des marchés. Comme le précisait The Block le 17 octobre dans des éléments repris par le Journal du Coin, lorsqu'une entité projette de tokeniser l'action d'une société sans elle, le lieu de négociation a l'obligation de prévenir l'entreprise au minimum trente jours calendaires avant le début des transactions. L'émetteur dispose dès lors d'un délai de trente jours pour déposer un avis d'objection.
Si cette démarche est effectuée dans les délais impartis, la plateforme se voit interdire de proposer le jeton. Dans le cas contraire, le cadre réglementaire considère le silence comme une autorisation tacite. Comme l'a souligné Brett Redfearn, président de Securitize, ce refus n'a pas de portée générale : l'objection concerne uniquement la plateforme ayant émis la notification, et chaque nouveau lieu relance son propre délai de trente jours, ce qui permet à une entreprise d'écarter un lieu sans pour autant rejeter la tokenisation dans son ensemble.
Les motifs d'inquiétude des entreprises et des analystes
Les réticences des entreprises cotées reflètent des interrogations opérationnelles et de réputation. Interrogée par le Wall Street Journal, une porte-parole d'Applied Optoelectronics a souligné que son groupe ignorait quel effet la tokenisation aurait sur son cours, sa liquidité et sa volatilité. L'entreprise craignait également que des investisseurs puissent croire à une implication de sa part dans une offre qu'elle n'a ni parrainée ni approuvée, estimant que l'opération n'apportait aucun bénéfice clair pour la société ou pour ses actionnaires.
Ces réserves rejoignent les observations publiées par TD Securities dans un rapport coordonné par Reid Noch, vice-président de la structure des marchés d'actions américaines. D'après ce document partagé avec CoinDesk, des échanges avec plusieurs dizaines d'émetteurs ont révélé très peu d'intérêt pour la tokenisation de leurs actions, en dehors d'une minorité d'acteurs proches du secteur des crypto-actifs. Selon Reid Noch, plusieurs émetteurs ont découvert ce dispositif après son annonce et ont manifesté de vives inquiétudes auprès de la société de courtage.
L'architecture technique d'OKX-ICE et le maintien du projet
Le projet porté par OKX et la société mère du New York Stock Exchange avait été dévoilé publiquement sur le réseau social X par l'ancien gouverneur de New York Andrew Cuomo, qui en assure la coprésidence. OKXICE prévoit d'opérer sous le régime d'une exemption temporaire accordée pour cinq ans par le gendarme boursier américain le 17 septembre 2026. Ce cadre autorise des plateformes sélectionnées à négocier des titres américains via des teneurs de marché automatisés et des bassins de liquidité.
Dans son fonctionnement, OKXICE prévoit une activité continue vingt-quatre heures sur vingt-quatre en utilisant des pools de liquidité Uniswap v4 sur la blockchain XLayer d'OKX, avec des transactions réglées en stablecoins. Le modèle décrit impose qu'un courtier-négociateur enregistré conserve une action sous-jacente pour un jeton en circulation. Les détenteurs de ces jetons doivent également recevoir des droits équivalents à ceux des actions réelles, notamment les dividendes et les droits de vote.
Malgré les huit refus enregistrés parmi sa liste de départ, OKXICE maintient son lancement pour des dizaines d'autres sociétés, citant notamment Apple, Nvidia, Microsoft, Amazon, Alphabet, Tesla, JPMorgan Chase et Walmart. Face aux réticences, Andrew Cuomo a déclaré qu'il s'attendait au scepticisme et a qualifié ce lancement de premier pas vers la tokenisation des titres.
Une phase d'expérimentation boursière qui divise le secteur
L'exemption accordée par la SEC impose des restrictions quantitatives graduelles : elle autorise dans un premier temps la négociation de 75 symboles pour une limite de 0,25 % du volume quotidien, avant un élargissement à 250 symboles pour 2,5 % du volume quotidien. Rodrigo Seira, associé chez Cooley, analyse cette mesure d'exemption comme un terrain d'observation avant l'établissement de règles permanentes.
Cette nature temporaire constitue néanmoins le principal obstacle selon TD Securities. Les analystes soulignent qu'une future commission pourrait revenir sur cette approche, ce qui complique les investissements dans les infrastructures et décourage les institutions d'intégrer ces plateformes après leur lancement. De plus, les analystes pointent le défi concurrentiel posé par les plateformes étrangères, capables de proposer des produits synthétiques d'actions sans assumer les exigences opérationnelles du dispositif américain.
Les attitudes restent d'ailleurs très contrastées selon les profils institutionnels. D'après des éléments de CoinDesk mentionnés par le Journal du Coin le 17 octobre, des banques comme Goldman Sachs, Wells Fargo et Morgan Stanley perçoivent la tokenisation comme un relais de croissance plutôt qu'une menace. De son côté, tout en écartant ses propres actions d'OKXICE, le Nasdaq dispose d'un pilote validé par la SEC et chiffrait en milliards le collatéral libérable par la tokenisation. Sur les marchés au comptant, l'action Broadcom a terminé à 328,75 dollars le 16 octobre 2026 lors d'une séance en repli de 4,52 %, tandis que l'indice Nasdaq Composite reculait de 2,15 % à 26 140,03 points.
Instruments cités
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
- 1.
- 2.Journal du CoinActions tokenisées: 9 entreprises opposent leur veto à OKX-ICE, le Nasdaq se retire(nouvel onglet)
journalducoin.com