Anthropic promet 5 % de ses actions à un fonds public avant son introduction en bourse
Anthropic prévoit d'attribuer 5 % de son capital à un fonds d'utilité publique, à l'approche d'une entrée en bourse attendue en novembre à Wall Street.

L'essentiel
- Anthropic s'engage à céder 5 % de son capital à un fonds d'utilité publique, avec une option pour ajouter 2 % par tranche de hausse de 50 % de sa valeur, selon la presse financière.
- Le véhicule prend la forme d'une filiale à responsabilité limitée (LLC) à 100 %, dont les avoirs ne pourront servir à aucune activité de lobbying ni don politique, d'après l'entreprise.
- Cette initiative précède une possible introduction en bourse en novembre, alors que les revenus trimestriels du groupe ont progressé de 45 % à 16,8 milliards de dollars, selon CNBC et la BBC.
- Le fonds ciblera notamment l'impact de l'IA sur l'emploi, après des engagements déjà consentis de 200 millions de dollars pour étudier ces bouleversements, indiquent les sources.
Un engagement capitalistique en faveur du bien commun
Le concepteur de modèles d'intelligence artificielle Anthropic a annoncé le déploiement d'une initiative financière destinée à l'intérêt général. Selon les déclarations de l'entreprise relayées par la BBC et CNBC, 5 % de ses actions seront alloués à la création d'un fonds d'utilité publique, baptisé « Anthropic Public Benefit Fund ». Cette attribution demeure soumise à l'approbation formelle des actionnaires.
Le mécanisme prévoit une montée en puissance progressive des avoirs consacrés à cette structure. D'après CNBC et le Journal du Coin, le conseil d'administration disposera du pouvoir discrétionnaire d'ajouter 2 % d'actions supplémentaires à chaque fois que la valeur de la société progressera de 50 % au-delà d'un niveau de référence qui n'a pas encore été rendu public. Le Journal du Coin précise que l'entreprise ambitionne de dédier à terme près de 20 % de son capital au bien public, en agrégeant à ce fonds des engagements préexistants, notamment la promesse des cofondateurs de céder 80 % de leurs détentions et un dispositif d'abondement auquel adhère près d'un salarié sur deux.
Sur le plan juridique, la société a choisi de constituer une entité à responsabilité limitée (LLC) détenue à 100 %, plutôt qu'une fondation caritative exonérée d'impôts de type 501(c)(3). Anthropic justifie ce montage par la volonté de conserver une plus grande flexibilité opérationnelle face à la diversité des aides envisagées. L'éditeur de Claude a formellement précisé dans son communiqué qu'aucun des titres détenus par la filiale ne pourra servir à des opérations de lobbying ou à des contributions politiques, que ce soit sur le territoire américain ou à l'échelle internationale.
Financement de projets sociétaux et réponse aux bouleversements de l'emploi
Les ressources de cette structure doivent servir à soutenir des organisations à but non lucratif conventionnelles ainsi qu'à effectuer des distributions directes auprès de populations ciblées, selon les informations de TechCrunch et de CNBC. Anthropic, qui rappelle avoir déjà consacré 200 millions de dollars à l'étude des conséquences de sa technologie, estime que le rythme des avancées actuelles impose d'adopter des méthodes plus audacieuses pour répondre aux perturbations socio-économiques.
La question de l'emploi figure au cœur des missions confiées au fonds. Comme le souligne la BBC, de nombreuses entreprises à travers la planète, en particulier dans le secteur technologique, ont déjà supprimé des milliers de postes après avoir investi dans l'intelligence artificielle, mettant en avant des gains d'efficacité. D'après une étude du Fonds monétaire international (FMI) parue en 2024 et citée par la BBC, près de 40 % des emplois dans le monde seront touchés par ces outils, une proportion qui grimpe jusqu'à 60 % dans les économies avancées.
L'inquiétude de l'opinion publique demeure vive sur ce sujet. CNBC rappelle une enquête menée en août par le Pew Research Center, selon laquelle 71 % des adultes américains prévoient une diminution du nombre d'emplois aux États-Unis au cours des deux prochaines années sous l'effet de l'IA. Pour Lise Buyer, associée au sein de la société de conseil en introductions en bourse Class V Group interrogée par CNBC, les financements d'Anthropic pourraient être accueillis favorablement s'ils soutiennent la reconversion professionnelle ou l'accompagnement des salariés dont les postes sont transformés ou supprimés.
Une manœuvre d'image à la veille d'une entrée en bourse historique
Cette annonce intervient dans un contexte de forte accélération financière pour Anthropic. Selon la BBC et CNBC, l'entreprise a indiqué à ses investisseurs potentiels que ses revenus trimestriels avaient atteint 16,8 milliards de dollars à la fin du mois de septembre, ce qui représente une hausse de 45 %. La société cherche ainsi à démontrer sa capacité à dégager des bénéfices massifs, en dépit des milliards de dollars investis dans la conception de ses modèles et dans la construction d'infrastructures informatiques.
Ces performances soutiennent les préparatifs d'une introduction sur les marchés d'actions. Si la BBC mentionne une valorisation potentielle supérieure à 1 000 milliards de dollars (soit 750 milliards de livres sterling), le Journal du Coin évoque des attentes à Wall Street proches de 2 000 milliards de dollars, avec une cotation envisagée sur le Nasdaq à la mi-novembre, en amont de Thanksgiving. CNBC confirme que l'opération boursière est attendue pour novembre.
Pour les analystes du secteur, le calendrier choisi ne doit rien au hasard. Lise Buyer a confié à CNBC que cette initiative est à la fois indispensable dans le cadre d'un dossier d'introduction en bourse et avantageuse en matière de communication. L'experte estime que la démarche permet de redorer l'image du groupe à un moment où l'écosystème de l'intelligence artificielle subit une surveillance accrue. TechCrunch rapporte d'ailleurs que le directeur général d'Anthropic, Dario Amodei, a lui-même qualifié la dégradation de l'opinion publique de « crise de confiance fondamentale ».
Zones d'ombre sur la gouvernance et réactions du secteur
Malgré les montants symboliques engagés, le fonctionnement opérationnel du fonds laisse plusieurs questions sans réponse. Le Journal du Coin et CNBC soulignent que l'entreprise n'a pas encore dévoilé le seuil financier de référence qui permettra de déclencher les dotations supplémentaires de 2 %, pas plus que l'identité des futurs gestionnaires du véhicule. Anthropic a indiqué qu'elle détaillerait la structure et les règles de gouvernance au cours des prochains mois, notamment par le biais d'un rapport sur le bien public.
La nature même du véhicule suscite des réserves. Comme le relève le Journal du Coin, en logeant les actions au sein d'une LLC intégrée à sa propre organisation, Anthropic conserve la mainmise sur le capital transféré, le conseil d'administration conservant la latitude d'accorder ou non les tranches futures. De son côté, Elon Musk, directeur général de Tesla et de SpaceX, a réagi publiquement à cette annonce sur le réseau social X. Selon la BBC et CNBC, l'homme d'affaires a recommandé de distribuer les actions directement au public, ajoutant qu'il appliquerait cette formule à sa propre démarche.
Tensions autour de la régulation et craintes existentielles
Ce projet philanthropique prend place dans un climat d'inquiétude intense quant aux dangers potentiels de l'intelligence artificielle. D'après la BBC, Anthropic a elle-même mentionné dans les documents préparatoires à son introduction en bourse que cette technologie pouvait engendrer des risques « catastrophiques ou existentiels pour l'humanité ». Le groupe a également interdit à ses utilisateurs d'adopter des comportements cruels envers ses systèmes d'IA.
En interne, des départs retentissants ont marqué l'entreprise. En septembre, Jacob Coxon, un chercheur de 27 ans ayant quitté Anthropic, a déclaré auprès de la BBC que les employés travaillant sur ces technologies étaient véritablement effrayés par la rapidité des avancées. L'ancien collaborateur a prévenu qu'une absence de ralentissement pourrait, selon lui, entraîner un risque mortel immédiat pour l'ensemble de la population. Si Dario Amodei a soutenu l'idée d'une temporisation du développement aux côtés de Sam Altman d'OpenAI et d'Elon Musk, certains observateurs s'interrogent sur les motivations réelles d'un tel plaidoyer.
Sur le front politique, le président américain Donald Trump a paraphé au début du mois un engagement contraignant moralement avec les dirigeants des grands groupes du secteur, les plaçant face à la responsabilité de sécuriser leurs propres technologies, tout en continuant d'écarter l'adoption de lois contraignantes. Le président américain a par la suite nommé Jay Clayton, directeur du renseignement national, à la tête d'un groupe de travail chargé de coordonner les relations entre le gouvernement, les entreprises, les consommateurs et les organisations religieuses. Parallèlement, le Journal du Coin rappelle qu'un texte attribué à Anthropic par Politico le 16 octobre suggérait de ne permettre à Washington de bloquer un modèle d'IA qu'en cas de sinistre causant au moins 50 morts ou un milliard de dollars de dégâts.
Instruments cités
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
- 1.
- 2.
- 3.TechCrunchAnthropic says it’s committing 5% of its shares to a ‘public benefit fund’(nouvel onglet)
techcrunch.com
- 4.Journal du CoinAnthropic promet 5 % de son capital au bien public, et garde les clés(nouvel onglet)
journalducoin.com