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Économie

Cures thermales : les communes mobilisées contre le projet de déremboursement par la Sécurité sociale

Le gouvernement veut transférer le remboursement des cures thermales aux seules complémentaires santé pour économiser 200 millions d'euros. Les élus dénoncent une menace pour l'emploi local.

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Photo illustrant : Thermalisme
Photo : Pudelek (Marcin Szala) · CC BY-SA 3.0. Source : Wikimedia Commons

L'essentiel

  • Le projet gouvernemental débattu au PLFSS vise à transférer le remboursement des cures aux complémentaires santé pour économiser 200 millions d'euros, d'après BFM Business.
  • Les élus locaux alertent sur un risque pour des dizaines de milliers d'emplois, les complémentaires n'étant pas contraintes de prendre en charge ces soins, selon la chaîne d'information.
  • Près de 470 000 patients ont suivi une cure thermale de 18 jours en 2025 dans les 103 stations conventionnées, selon le CNETh.
  • Les représentants de la filière demandent d'attendre les conclusions de l'évaluation menée par la Haute autorité de santé avant toute réforme, rapporte BFM Business.

Une économie budgétaire de 200 millions d'euros débattue au PLFSS

Le projet de l'exécutif de confier la prise en charge des cures thermales uniquement aux complémentaires santé suscite l'inquiétude dans les stations spécialisées. Selon BFM Business, ce transfert de dépenses doit être examiné lors des débats sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Le gouvernement vise à travers cette disposition une économie de 200 millions d'euros pour les finances publiques.

À l'heure actuelle, les assurés prennent en charge eux-mêmes l'hébergement, le transport ainsi que leur restauration. En contrepartie, l'Assurance maladie rembourse à 65 % les soins médicaux thermaux, dont la facture s'élève en moyenne à 700 euros environ. Les représentants du thermalisme et les élus locaux s'alarment d'un tel désengagement étatique : dans la mesure où les complémentaires santé ne subissent aucune contrainte légale imposant ce remboursement, certains curistes pourraient subir une absence complète de prise en charge financière.

Dans une missive envoyée à la ministre de la Santé Stéphanie Rist, deux parlementaires et Julien Dubois, premier édile de Dax qui préside l'Association nationale des maires de communes thermales, mettent en garde contre une menace directe pesant sur l'égalité d'accès aux soins.

La crainte d'une déstabilisation des économies locales

Les représentants municipaux redoutent une contraction marquée du nombre de visiteurs et de leurs recettes. L'organisation dirigée par Julien Dubois, qui rassemble 80 villes, rappelle que la très large majorité des communes thermales comptent moins de 5 000 habitants. L'élu souligne que le projet pénaliserait durement des bassins de vie bâtis autour de ce secteur d'activité.

Les présidents des Régions de France ont également fait part de leur opposition, estimant qu'il s'agit d'une démarche contestable sur le plan des finances, injuste d'un point de vue social et inopportune médicalement. L'institution territoriale fait valoir que les cures thermales génèrent des centaines de millions d'euros ainsi que des dizaines de milliers d'emplois directs et indirects, constituant ainsi un moteur économique de premier plan pour ces territoires.

Cette inquiétude est partagée par Christelle Chassagne, à la tête de la fédération des offices de tourisme ADN Tourisme. Elle qualifie cette orientation de décision unilatérale, précipitée et dénuée de fondement. Elle souligne par ailleurs que la filière exige peu d'efforts financiers de la solidarité nationale comparativement aux bénéfices qu'elle apporte, notamment sous la forme de postes non délocalisables et d'activité touristique locale.

Des inquiétudes pour les réservations de 2027 et un patrimoine fragilisé

Les effets de cette incertitude pourraient se faire sentir très vite sur le terrain. Aux Thermes de Balaruc-les-Bains, dans l'Hérault, établissement présenté comme la première station thermale française après avoir reçu plus de 51 000 curistes durant l'année 2025, la direction tire la sonnette d'alarme. Dans un communiqué, la structure prévient que les doutes entourant la couverture des soins menacent de peser sur les réservations en vue de la saison thermale 2027, avec un impact en chaîne sur le dynamisme économique des stations.

La situation de certains établissements thermaux témoigne d'une grande fragilité. Dans les Vosges, le centre de Plombières-les-Bains a été contraint de cesser ses opérations fin 2024 consécutivement à une liquidation judiciaire. Fin septembre, le président du Conseil départemental François Vannson a regretté une interruption intégrale de l'activité thermale, décrivant un bâti qui se dégrade et un patrimoine architectural souffrant d'un vieillissement accéléré.

À l'opposé de coupes budgétaires, la Cour régionale des comptes du Grand Est avait recommandé, dans un document rendu public le 9 octobre, d'investir des fonds afin de conforter la compétitivité et l'attractivité des stations thermales de la région.

Le recours aux soins et le risque d'un report des dépenses médicales

D'après les relevés établis par le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), organisme qui chapeaute l'ensemble des 103 établissements du territoire national, près de 470 000 personnes ont suivi une cure thermale conventionnée d'une durée de 18 jours en 2025, sur prescription d'un médecin.

Certains dirigeants politiques régionaux contestent la pertinence budgétaire de ce déremboursement. Franck Leroy, président de la Région Grand Est, avertit qu'une simple recherche d'économies à court terme pourrait déboucher plus tard sur des charges médicales accrues, dans le cas où les patients se tourneraient davantage vers les ordonnances médicamenteuses, les consultations médicales ou les séjours en hôpital.

Une évaluation de l'intérêt thérapeutique confiée à la Haute autorité de santé

Cette polémique politique et financière intervient alors que plusieurs praticiens médicaux remettent en cause l'utilité des cures. Le gouvernement a saisi la Haute autorité de santé (HAS) l'an passé afin d'examiner rigoureusement leur apport sur le plan thérapeutique.

L'organisme public poursuit actuellement cette mission d'évaluation. Lors d'une conférence de presse, Lionel Collet, président de la HAS, a indiqué qu'un premier bilan interviendrait d'ici la fin de l'année pour exposer la méthode de travail et le calendrier prévisionnel des études, un processus rendu complexe par la forte diversité existant entre les différents établissements.

Dans ce contexte, les acteurs de la filière réclament de la temporisation. Julien Dubois juge qu'il serait insensé de trancher sur un déremboursement avant de connaître les conclusions de la Haute autorité de santé. Paul-François Houvion, directeur général des Thermes de Balaruc-les-Bains, demande lui aussi d'attendre la finalisation de cette démarche scientifique avant de revoir le modèle de financement des cures.

Sources

Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.

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