Le rétatrutide d'Eli Lilly fait l'objet d'un marché noir en ligne avant son homologation
Alors qu'Eli Lilly prépare la demande d'homologation du rétatrutide pour 2027, cette molécule anti-obésité fait déjà l'objet d'un marché noir en plein essor.

L'essentiel
- Le rétatrutide d'Eli Lilly affiche une perte de poids de 28,3 % sur un an et demi en essai de phase 3, selon BFM Business.
- Eli Lilly a annoncé le dépôt d'un dossier auprès de la FDA au premier trimestre 2027, d'après BFM Business.
- Des laboratoires de recherche, notamment en Chine, et des influenceurs alimentent un marché noir avant toute autorisation, rapporte BFM Business.
- L'ANSM a mis en garde contre les dangers accrus liés aux peptides injectables non homologués.
Une molécule prometteuse développée par le laboratoire Eli Lilly
Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly développe actuellement un nouveau peptide nommé rétatrutide, destiné au traitement de l'obésité. D'après les informations rapportées par BFM Business, l'un des plus récents essais cliniques de phase 3, dévoilé en mai dernier, a mis en évidence une diminution du poids corporel de 28,3 % au terme d'un an et demi chez les patients recevant le dosage le plus fort. En raison de ces données qui se rapprochent de l'efficacité constatée après une intervention chirurgicale, certains médecins ont attribué à ce composé le surnom de « King Kong » de la perte de poids.
Ce principe actif se distingue par un mode d'action novateur. Selon BFM Business, le rétatrutide cible simultanément trois récepteurs afin de reproduire l'activité de trois hormones intestinales et pancréatiques : le GLP-1, le GIP ainsi que le glucagon. Ces mécanismes interviennent conjointement dans la régulation de l'appétit, le taux de sucre sanguin et la dépense énergétique. Cette approche à trois cibles dépasse les traitements déjà commercialisés : le Mounjaro, conçu également par Eli Lilly, vise deux récepteurs (le GLP-1 et le GIP), tandis que le Wegovy, commercialisé par l'entreprise danoise Novo Nordisk, n'en cible qu'un seul (le GLP-1).
Sur le plan réglementaire, Eli Lilly a annoncé son intention de soumettre un dossier d'approbation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) au cours du premier trimestre 2027. D'après BFM Business, une mise sur le marché aux États-Unis pourrait intervenir à la fin de l'année 2027, avant un lancement envisagé sur le territoire européen pour l'année 2028. Sur les marchés financiers, le titre d'Eli Lilly s'échangeait à 1 257,03 dollars à la clôture du 16 octobre 2026, affichant une progression de 0,43 % sur la séance, d'après les chiffres communiqués par Yahoo Finance.
Des pénuries historiques aux circuits parallèles
L'engouement entourant ces traitements trouve une partie de son origine dans les tensions d'approvisionnement survenues quelques années plus tôt. Selon BFM Business, les États-Unis ont traversé en 2023 une période de pénurie de produits amaigrissants. Durant cette phase, certaines officines pharmaceutiques avaient reçu des autorisations dérogatoires pour fabriquer et commercialiser ces thérapies à des tarifs moins élevés que les formules d'origine. Cette mesure avait permis d'élargir considérablement l'accès des patients à ces molécules.
Toutefois, la normalisation des capacités de production et la reconstitution des stocks ont ultérieurement conduit à la suppression de ces dispenses réglementaires. Confrontés à une hausse des dépenses pour se soigner ou à de nouveaux obstacles pour obtenir leurs ordonnances, plusieurs patients ont cherché des moyens alternatifs afin de ne pas interrompre leurs protocoles thérapeutiques. Cette situation a directement favorisé l'essor d'un approvisionnement clandestin. Lorsque Eli Lilly a publié les performances cliniques préliminaires du rétatrutide, les réseaux non autorisés se sont immédiatement emparés de cette molécule pourtant dépourvue de tout feu vert sanitaire.
Filières chinoises et promotion par les influenceurs
L'approvisionnement de ce commerce illégal repose principalement sur des laboratoires de recherche. D'après BFM Business, ces structures, fréquemment basées en Chine, bénéficient d'une autorisation pour synthétiser le rétatrutide dans le cadre strict de l'expérimentation scientifique, mais ne possèdent aucun droit d'en faire le commerce auprès du grand public. Pour écouler ces volumes en dehors des cadres légaux, les vendeurs s'appuient sur des intermédiaires très suivis en ligne, notamment des influenceurs du secteur de la remise en forme.
Ces créateurs de contenu relaient des promesses spectaculaires auprès de leur audience. BFM Business cite ainsi l'argumentaire de l'un d'eux affirmant à ses abonnés qu'ils peuvent reprendre le contrôle total de leur corps, de leur santé et de leurs choix alimentaires, allant jusqu'à prétendre qu'il serait possible d'ingérer n'importe quel aliment sans aucune incidence. Cet influenceur soutient également que, par rapport aux traitements concurrents, le rétatrutide entraînerait une fonte musculaire moindre.
Une offre tarifaire agressive sur des boutiques en ligne
La diffusion de ces produits s'organise via des canaux numériques directs. Sur la plateforme TikTok, certains profils renvoient vers une boutique en ligne baptisée « Vayn ». Ce site propose la substance sous l'appellation « GLP-3 », à des dosages s'échelonnant de 10 mg à 60 mg, pour des montants compris entre 80 dollars et 350 dollars. Un ensemble d'équipements pour débutant est vendu en supplément, décrit comme « le matériel de recherche nécessaire pour se lancer ».
Les gérants du site ajoutent un avertissement précisant que les allégations présentées n'ont fait l'objet d'aucune évaluation par la FDA. D'après les commentaires analysés par BFM Business, cette offre séduit des clients qui dénoncent le coût prohibitif des médicaments officiellement commercialisés par les grands laboratoires.
Présence en France et contournement des modérations
Le phénomène s'observe également en France. Sur TikTok, des comptes utilisant des dénominations comme « médecins » ou « pharmacie » diffusent des liens marchands ou des coordonnées téléphoniques WhatsApp. Ces publications mettent en scène des comparaisons corporelles avant et après injection, dont certaines sont générées ou retouchées à l'aide d'outils d'intelligence artificielle, des témoignages d'acheteurs confirmant la réception de colis, ou encore des tutoriels détaillant le mode d'administration de ces substances.
Face à ces dérives, le réseau social TikTok a supprimé il y a un an les requêtes associées au terme « retatrutide » ainsi qu'à son diminutif « reta », tout en déclarant mobiliser des investissements pour durcir l'application de ses règles internes. BFM Business souligne néanmoins que les revendeurs contournent aisément ces filtres en insérant des chiffres, des émojis ou en employant l'orthographe « redatrutite ». Si quelques vidéos d'influenceurs commencent à alerter le public sur les dangers de ces pratiques, les autorités sanitaires rappellent la sévérité des risques encourus. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a ainsi averti que la dangerosité des peptides falsifiés s'avère particulièrement accrue pour les formulations injectables.
Instruments cités
Sources
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