Investissements dans l'IA : les data centers stimulent les États-Unis mais peinent à doper la croissance en France
Tandis que l'IA a généré un tiers de l'expansion américaine en 2025, l'apport des centres de données au PIB français reste marginal selon l'OFCE et l'Insee.

L'essentiel
- Le boom des investissements dans l'intelligence artificielle soutient la croissance mondiale attendue à 3,1 % en 2026, selon le FMI cité par BFM Business.
- Aux États-Unis, les dépenses numériques des entreprises ont représenté un tiers de la croissance en 2025, d'après les calculs de l'Insee.
- En France, la contribution des investissements numériques n'a été que de 0,19 point en 2025, l'effet des data centers étant quasi nul selon l'OFCE.
- L'Hexagone compte quelque 350 centres de données pour 850 MW de capacités fin 2025, se plaçant quatrième en Europe d'après BFM Business.
Une impulsion mondiale portée par les champions de la technologie
L'économie internationale s'appuie désormais sur les technologies liées à l'intelligence artificielle pour entretenir son activité dans un contexte géopolitique incertain. D'après les éléments confirmés par le Fonds monétaire international, la progression du produit intérieur brut mondial devrait atteindre 3,1 % au cours de l'année 2026. Cette trajectoire ascendante trouve son impulsion première dans l'envolée des dépenses engagées au sein des économies développées pour déployer cette nouvelle vague technologique, comme l'a rapporté BFM Business.
Cependant, cette dynamique planétaire met en évidence des trajectoires divergentes entre les différentes nations industrialisées. Alors que les territoires en pointe sur ce segment bénéficient d'un élan marqué, à l'image des prévisions de hausse d'activité de 10,7 % pour Taïwan, de 3,3 % pour la Corée du Sud et de 2,3 % attendus pour les États-Unis, la France présente un rythme beaucoup plus timide. Selon les estimations relayées par le média économique, la croissance hexagonale est anticipée à seulement 0,4 % pour 2026, illustrant un décalage substantiel vis-à-vis des meneurs mondiaux de la filière numérique.
La France face au défi de ses infrastructures numériques
L'Hexagone ne se tient pourtant pas à l'écart de cette transition et dispose déjà d'un maillage industriel consacré au traitement des flux d'informations. Le pays dénombre en effet environ 350 centres de données opérationnels sur son territoire national. Selon les données disponibles, ces infrastructures spécialisées totalisaient approximativement 850 MW de puissance installée à l'issue de l'exercice 2025. Cet état de fait positionne la France au quatrième rang européen dans cette discipline, derrière le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas.
De nouveaux chantiers d'envergure doivent par ailleurs venir compléter ce réseau dans les années à venir, à la suite des engagements officialisés lors des précédentes réunions Choose France. L'initiative la plus marquante émane du groupe SoftBank, qui s'est engagé à mobiliser 45 milliards d'euros pour ériger trois centres de traitement de données dans les Hauts-de-France d'ici l'horizon 2031. D'après Anthony Morlet-Lavidalie, économiste rattaché à l'institut Rexecode, cet effort d'équipement s'avère indispensable car il s'agit d'un domaine porteur pour l'économie dans lequel le déploiement de puissance informatique reste impératif. La Banque de France a d'ailleurs observé dans ses projections macroéconomiques que la filière des matériels électriques conserve un carnet de commandes particulièrement fourni, alimenté par l'appétit continu des gestionnaires de serveurs.
Un impact macroéconomique hexagonal encore imperceptible
Malgré l'accumulation de ces projets industriels, les répercussions directes sur le produit intérieur brut national demeurent quasi inexistantes à court terme. Pour le directeur de l'OFCE, Xavier Timbeau, la contribution apportée par les centres de données au dynamisme de l'économie française se révèle particulièrement modeste et s'avère très marginale à ce stade, qu'il s'agisse de la phase de gros œuvre, de la fourniture des matériels ou des opérations de mise en marche.
Dans ses travaux d'analyse, l'Observatoire français des conjonctures économiques a disséqué les investissements numériques au sens large, en intégrant les équipements informatiques et de télécommunication, les logiciels et la recherche, les dépenses de génie civil de l'énergie et les infrastructures physiques. Cette étude conclut que l'ensemble de ces postes n'a contribué qu'à hauteur de 0,19 point à la croissance française pour 2025. La part attribuable aux seules infrastructures physiques et centres de données s'est même établie à un niveau proche de zéro. Sandra Daudignon, économiste au sein de l'OFCE, a précisé à cet égard que ces montants n'avaient pas enregistré une hausse suffisante afin de provoquer une impulsion visible sur la croissance nationale.
La dynamique américaine du tiers de la croissance
Ce constat contraste frontalement avec la situation constatée de l'autre côté de l'Atlantique, où l'essor numérique constitue un moteur macroéconomique de premier plan. L'OFCE, dont les travaux comparatifs ont ciblé les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, souligne que les technologies d'intelligence artificielle nourrissent principalement l'activité américaine. Alors que les pays européens étudiés n'ont pas enregistré d'accélération marquée depuis 2022 dans leurs dépenses numériques, l'économie des États-Unis a vu ce poste grimper à 7,2 % de son PIB l'an passé, contre 5,8 % mesurés pour la France.
L'effort d'équipement américain s'est par ailleurs accru de 0,5 point de PIB en 2025, surpassant de très loin la moyenne de progression de 0,15 point observée sur la période allant de 2014 à 2022. Selon les calculs de l'Insee, la vigueur des investissements privés en services informatiques, logiciels et matériels de traitement a représenté le tiers de la croissance totale des États-Unis en 2025, soit 0,7 point de PIB sur une expansion globale de 2,2 %. Sur le plan des bâtiments eux-mêmes, l'investissement américain dédié aux centres de données a triplé entre la fin de l'année 2022 et la fin de 2025. Néanmoins, son incidence brute au sein du PIB reste encore contenue, oscillant entre 0,1 point selon les estimations de l'Insee et 0,2 point d'après l'OFCE.
Les limites statistiques et les perspectives européennes
L'évaluation chiffrée de cette transition technologique se heurte toutefois à des contraintes méthodologiques relevées par les économistes. Dans une note d'analyse publiée au mois de mars, l'Insee avait souligné la difficulté d'isoler avec précision l'apport de la construction de serveurs, prévoyant alors un apport des investissements numériques de 0,1 point pour 2025. L'institut soulignait que le découpage statistique dilue ces montants entre l'achat de matériel, les développements immatériels et les chantiers de construction.
Cette complexité est accrue en France par le regroupement des centres de données au sein de la catégorie globale des bâtiments non résidentiels, là où les États-Unis disposent de séries statistiques plus détaillées. Face à ce manque de visibilité et à la faible diffusion des gains de productivité immédiats, le retard accumulé par les économies d'Europe par rapport aux géants technologiques mondiaux demeure au cœur des réflexions économiques actuelles.
Sources
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