Le PNUD alerte sur un triple choc pour les pays en développement à la veille des réunions du FMI et de la Banque mondiale
Énergie, El Niño et coût de l'emprunt menacent les pays en développement, avertit le PNUD avant les réunions de Bangkok. Le Financial Times évoque de son côté une croissance résiliente mais une dette publique préoccupante.

L'essentiel
- Selon le PNUD, les pays en développement subissent un triple choc : énergie, El Niño et hausse des coûts d'emprunt.
- D'après Alexander De Croo, le financement obligataire de ces pays coûte aujourd'hui 9 %.
- Selon le Guardian, le pétrole est revenu au-dessus de 100 dollars le baril depuis la reprise des hostilités au Moyen-Orient.
- Le Financial Times indique que les grandes économies résistent au choc iranien, mais que la dette publique pèsera sur les réunions.
Un avertissement avant les assemblées annuelles
Les pays en développement font face à un triple choc, combinant la crise énergétique, le phénomène El Niño et la flambée des coûts d'emprunt. C'est l'avertissement lancé par l'agence de développement des Nations unies, le PNUD, selon le Guardian du 11 octobre 2026. Elle appelle la communauté internationale à un soutien urgent.
Alexander De Croo, administrateur du PNUD, s'exprimait avant les assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, qui se tiennent cette semaine à Bangkok. Il a réclamé « solidarité et action mondiale ». Selon lui, les pays en développement sont tiraillés dans plusieurs directions, ce qui rend leur situation « vraiment difficile ».
Le rapport « No Time to Recover »
Avant ces réunions, le PNUD a publié un rapport intitulé No Time to Recover. Il détaille les risques de ce qu'il appelle des « crises cumulées » touchant l'énergie, le climat et la dette.
D'après le Guardian, le pétrole a été repoussé au-dessus de 100 dollars le baril ces dernières semaines, depuis la reprise des hostilités au Moyen-Orient. Le rapport indique que, depuis le début de la guerre en Iran plus tôt cette année, jusqu'à 130 millions des personnes les plus pauvres de la planète ont été protégées de l'impact complet de la hausse des prix par des mesures d'urgence prises par les gouvernements.
Le PNUD prévient toutefois que beaucoup d'entre elles sont désormais menacées, les États ne disposant plus des ressources nécessaires pour continuer à amortir la hausse des coûts. Alexander De Croo affirme que les pays réorientent leur politique et laissent les hausses de prix se répercuter, faute de choix, car leur marge budgétaire est selon lui totalement épuisée. Il parle d'une « tempête parfaite » qui pourrait faire retomber dans la pauvreté des dizaines, voire des centaines de millions de personnes.
El Niño, tensions obligataires et impact social de la dette
Le Guardian rapporte que le pire épisode El Niño depuis peut-être 1 000 ans devrait provoquer de larges pertes de récoltes et accroître le risque d'événements météorologiques extrêmes. Parallèlement, la vague de ventes sur les marchés obligataires mondiaux fait grimper les coûts d'emprunt des États.
Selon Alexander De Croo, le coût du financement obligataire pour les pays en développement atteint aujourd'hui 9 %, un niveau qu'il juge « très, très élevé ». Il estime que la situation devrait encore se dégrader d'ici le printemps et ne voit, pour chacun des trois facteurs (prix des carburants, El Niño et marchés obligataires), aucune éclaircie à l'horizon.
Le Guardian relève que ces propos rejoignent une étude distincte publiée dimanche par l'organisation Debt Justice. Elle montre que les pays à faible revenu classés par le FMI en situation de surendettement, ou à risque de l'être, ont réduit leurs budgets d'éducation de 8 % en moyenne depuis 2019, et leurs dépenses publiques globales de 2 %.
Heidi Chow, directrice exécutive de Debt Justice, déclare que les niveaux d'endettement élevés ont un impact dévastateur sur l'accès à la santé et à l'éducation. L'organisation demande l'annulation pure et simple de certaines des dettes les plus lourdes et une refonte du cadre commun de restructuration de la dette administré par le FMI. Heidi Chow plaide pour une annulation, en particulier de la part des prêteurs aux taux les plus élevés, citant les banques, les fonds spéculatifs et les négociants en pétrole.
Les pistes évoquées par le PNUD
Alexander De Croo indique que le PNUD ne s'oppose pas aux efforts visant un allègement de dette pour certains des pays les plus touchés. Il juge toutefois que les négociations prendraient de nombreux mois et réclame une action plus rapide. Il appelle les prêteurs multilatéraux, les donateurs et les partenaires à élargir l'accès à un financement abordable, afin que les pays puissent maintenir leur aide aux ménages les plus vulnérables.
Il a salué l'appel récent de la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, à la retenue budgétaire dans les pays développés, dans l'espoir de calmer les rendements obligataires. Il estime néanmoins qu'une politique coordonnée est nécessaire pour les pays en développement, qui ne doivent pas être laissés en bout de file. Il n'a pas précisé la réponse attendue, mais a insisté sur la nécessité de leur laisser du « temps et de l'espace » pour mener des réformes.
Le Guardian rappelle que, pendant la crise du Covid, les pays du G20 avaient instauré un moratoire temporaire sur les remboursements de dette des pays en développement. Alexander De Croo cite aussi des mesures de liquidité à la disposition des banques centrales, comme les lignes d'échange de devises mises en place par la Réserve fédérale américaine lors de crises financières récentes, pour éviter le blocage des marchés : « Un certain niveau de liquidité aiderait », dit-il.
Le regard du Financial Times
Le Financial Times, dans un article publié le 12 octobre 2026, évoque de « sinistres présages » qui planent sur l'économie mondiale malgré une croissance résiliente. Selon des travaux menés pour le quotidien, les grandes économies résistent au choc iranien, mais les inquiétudes liées à la hausse de la dette publique pèseront sur les réunions du FMI et de la Banque mondiale.
Analyse
Les deux publications dessinent un contraste : d'après le Financial Times, les grandes économies absorbent le choc, tandis que, selon le PNUD, les pays en développement voient leurs marges budgétaires disparaître. Dans les deux cas, la dette et le coût du financement apparaissent comme le point de tension central des discussions de Bangkok. Les sources fournies ne précisent pas les décisions que pourraient prendre le FMI et la Banque mondiale.
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
- 1.Financial Times‘Worrying omens’ lurk over global economy despite resilient growth(nouvel onglet)
ft.com
- 2.