Royaume-Uni : l'isolation des logements jugée plus avantageuse pour l'économie que les nouveaux forages pétroliers
Face aux coupes budgétaires envisagées au Royaume-Uni, une étude d'E3G montre que le plan d'isolation thermique créerait 50 000 emplois, contre 1 100 pour le champ pétrolier Rosebank, dont le coût fiscal menace les finances publiques.

L'essentiel
- Selon une étude d'E3G citée par The Guardian, le plan d'isolation de 15 milliards de livres réduirait les factures énergétiques britanniques de 1 milliard de livres par an et créerait 50 000 emplois.
- Le gisement pétrolier Rosebank ne créerait que 1 100 emplois et pourrait coûter 258 millions de livres de pertes fiscales à l'État selon WWF et Uplift, malgré 1,5 milliard de livres de profits pour les exploitants.
- Une décision gouvernementale sur le projet gazier Jackdaw est imminente et celle sur Rosebank suivra, selon la secrétaire à l'Énergie Miatta Fahnbulleh.
- Dix syndicats majeurs et 600 scientifiques demandent l'abandon du projet Rosebank, tandis que l'opérateur Adura met en avant 35,3 milliards de livres de retombées économiques d'ici 2035.
L'arbitrage budgétaire entre rénovation thermique et forages pétroliers
Au Royaume-Uni, le débat sur les priorités économiques et énergétiques s'intensifie alors que le gouvernement britannique cherche à réaliser des économies budgétaires. Selon des informations rapportées par The Guardian, le programme public d'isolation des logements, doté d'une enveloppe de 15 milliards de livres sterling et désigné sous le nom de « warm homes plan », se trouve actuellement menacé par de potentielles coupes financières décidées par les ministres.
Dans le même temps, les autorités britanniques s'apprêtent à trancher sur le devenir de plusieurs projets d'extraction pétrolière et gazière en mer du Nord. La secrétaire à l'Énergie, Miatta Fahnbulleh, a fait savoir mercredi qu'une décision concernant le feu vert accordé au gisement de gaz Jackdaw était imminente, tandis que l'arbitrage relatif au gisement pétrolier Rosebank, situé à l'ouest des îles Shetland, nécessiterait un délai un peu plus long. Si le Parti travailliste s'était engagé dans son manifeste électoral de 2024 à interrompre l'attribution de nouvelles autorisations d'exploration pétrolière et gazière, ces deux chantiers pourraient bénéficier d'une exception en raison de leur intégration antérieure dans le système d'octroi de licences.
Les retombées économiques et sociales du plan pour des logements chauds
Une analyse publiée par le cercle de réflexion E3G et relayée par le quotidien britannique suggère qu'investir dans l'isolation des habitations et dans le déploiement de pompes à chaleur serait nettement plus avantageux pour le pouvoir d'achat, l'emploi et l'activité nationale que l'ouverture de nouveaux gisements d'hydrocarbures. D'après les calculs d'E3G, la réalisation intégrale du programme d'isolation permettrait de rénover jusqu'à 5 millions de logements et ferait baisser les factures énergétiques des ménages de 1 milliard de livres sterling par an, en ciblant tout particulièrement les foyers disposant des revenus les plus modestes.
Ce dispositif apporterait également un soutien annuel de 1,6 milliard de livres sterling à l'économie britannique, tout en générant environ 50 000 nouveaux emplois répartis au sein de milliers de petites entreprises réparties sur le territoire. L'organisation évalue à 15 milliards de livres sterling supplémentaires le volume d'investissements privés que ce plan pourrait mobiliser à travers l'ensemble des régions, en accord avec l'objectif de croissance locale formulé par Andy Burnham. E3G estime par ailleurs que le déploiement complet de cette stratégie stimulerait le produit intérieur brut à hauteur de 0,08 %.
Pour James Huw Dyson, chercheur senior au sein d'E3G cité par The Guardian, le choix gouvernemental engage directement le quotidien des citoyens face aux tensions sur le coût de la vie. Il souligne ainsi que la population ne comprendrait pas que le pouvoir réduise les aides à la rénovation thermique tout en accordant des facilités fiscales aux multinationales du pétrole, affirmant que la priorité devrait aller à l'isolation et aux énergies propres pour réduire durablement les dépenses d'énergie et soutenir l'activité.
Le bilan fiscal et les coûts cachés des gisements en mer du Nord
À l'inverse des retombées diffuses promises par la rénovation thermique, l'exploitation du gisement Rosebank n'engendrerait qu'environ 1 100 emplois directs et indirects selon l'étude d'E3G, avec une forte concentration géographique en mer du Nord et au bénéfice de deux entreprises seulement, dont le groupe norvégien Equinor. Bien qu'Equinor ait antérieurement avancé le chiffre de 3 500 créations d'emplois au plus fort de l'activité pour les projets Jackdaw et Rosebank réunis, la modélisation effectuée par E3G indique que Rosebank n'ajouterait en moyenne qu'environ 0,025 % au produit intérieur brut durant l'ensemble de son cycle d'exploitation, en se fondant sur l'hypothèse d'un baril de pétrole revenant vers 70 dollars après ses récents sommets.
Plusieurs experts rappellent en outre que l'ouverture de nouvelles capacités d'extraction en mer du Nord ne réduirait pas les prix des carburants à la pompe et ne pallierait pas d'éventuelles contraintes d'approvisionnement provoquées par la guerre en Iran, dans la mesure où le pétrole et le gaz sont négociés sur les marchés internationaux.
Sur le terrain des recettes publiques, les conclusions d'une étude conjointe menée par le WWF et l'organisation de campagne Uplift viennent contredire les arguments des partisans des forages. Alors que les entreprises partenaires de Rosebank — Equinor, Shell et Ithaca Energy — pourraient dégager un bénéfice cumulé de 1,5 milliard de livres sterling sur les 25 ans d'exploitation du site, l'État britannique risquerait de subir une perte nette de 258 millions de livres sterling en raison des déductions fiscales et des incitations financières consenties aux opérateurs.
Les données budgétaires soulignent cette dépendance aux subventions : si les rentrées fiscales tirées de la mer du Nord ont atteint environ 4 milliards de livres sterling en 2025-2026, les allègements fiscaux et mesures de soutien au secteur amont ont représenté un montant estimé à 3,26 milliards de livres sterling. Face à l'épuisement prononcé de ce bassin d'extraction, ces recettes fiscales devraient chuter à environ 100 millions de livres sterling d'ici 2030. De surcroît, les charges liées au démantèlement des plates-formes menacent lourdement les finances publiques, une contribution de 12 milliards de livres sterling étant susceptible d'être exigée des contribuables pour déconstruire les infrastructures en mer. Selon E3G, la prise en charge de ces coûts de fin de vie par les contribuables effacerait tout gain économique potentiel généré par le projet pétrolier.
Une vive contestation politique, syndicale et scientifique
Le projet d'autorisation accordé à Rosebank suscite une vive opposition au Royaume-Uni. Dix organisations syndicales de premier plan ont adressé un courrier au gouvernement jeudi afin de marquer leur refus formel de tout feu vert pour ce gisement. De nombreux parlementaires travaillistes contestent également cette orientation, tandis que 600 scientifiques s'étaient déjà mobilisés au cours de l'été en écrivant aux ministres pour les exhorter à revoir leur position.
Les représentants du secteur de l'énergie expriment également leur inquiétude quant aux revirements stratégiques du pouvoir exécutif. La directrice générale de l'organisme professionnel Energy UK, Dhara Vyas, a insisté sur la nécessité pour les pouvoirs publics de maintenir le cap sur l'électrification. Elle a averti qu'un affaiblissement du plan pour des logements chauds ou de nouvelles modifications des règles sur les véhicules zéro émission envoyaient des signaux contradictoires à des industriels déjà fragilisés par une instabilité prolongée, soulignant que plusieurs entreprises ont déjà été contraintes à la fermeture et peineraient à relancer leurs capacités de production.
Les arguments de l'industrie pétrolière et les incertitudes gouvernementales
Face à ces critiques, les promoteurs des projets mettent en avant l'ampleur des investissements et les rentrées prévues pour le Trésor public. Un porte-parole d'Adura, la coentreprise regroupant Equinor et Shell pour porter Jackdaw et Rosebank, affirme que le feu vert accordé à Rosebank ainsi qu'aux autres développements prévus en mer du Nord soutiendrait une valeur économique de 35,3 milliards de livres sterling pour le Royaume-Uni sur la période s'étendant de 2026 à 2035.
D'après les déclarations de cette coentreprise, le seul site de Rosebank représenterait un investissement privé de 8,7 milliards de livres sterling, dont les trois quarts seraient dépensés directement sur le territoire britannique. Associé à Jackdaw, il apporterait, selon Adura, 4,1 milliards de livres sterling de rentrées fiscales supplémentaires au cours des dix prochaines années.
Sollicité par The Guardian, le ministère de la Sécurité énergétique et de la Neutralité carbone a pour sa part refusé de commenter les conclusions présentées par E3G ainsi que le calendrier et les arbitrages à venir sur le plan d'isolation des logements.
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
- 1.The GuardianHeat pumps and insulation would cut UK living costs more than new oilfields, study suggests(nouvel onglet)
theguardian.com