Royaume-Uni : l'IFS juge que le budget sera « une fiction » sans plan pour couvrir 35 milliards de livres de pressions de dépenses
Dans son rapport pré-budgétaire publié le 12 octobre 2026, l'Institute for Fiscal Studies presse John Healey de trancher dès le budget du 28 octobre sur les pressions de dépenses, liées à l'inflation et à la défense.
L'essentiel
- Selon l'IFS, le budget de John Healey risque d'être « une fiction » sans plan pour couvrir 35 milliards de livres de pressions de dépenses.
- D'après l'IFS, la hausse des coûts de la dette pourrait réduire la marge de manœuvre de seulement 4 milliards de livres en 2029-30.
- L'IFS estime que compenser l'inflation et financer l'objectif de défense de 3 % du PIB exigerait environ 35 milliards de livres de hausses d'impôts ou de baisses de prestations.
- Selon un porte-parole du Trésor, le gouvernement reste engagé à respecter les règles budgétaires, avec une marge face à l'incertitude.
Un avertissement avant le budget du 28 octobre
Les principaux experts britanniques de la fiscalité et des dépenses publiques ont prévenu John Healey que son budget risquait d'être une « fiction » s'il ne présentait pas de plan pour couvrir 35 milliards de livres de pressions sur les dépenses. C'est ce qu'indique The Guardian, qui rapporte le contenu du rapport pré-budgétaire de l'Institute for Fiscal Studies (IFS), publié le 12 octobre 2026.
Selon l'IFS, les dégâts d'une inflation plus forte, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, placeraient le chancelier devant un choix : renforcer les fonds destinés à ses plans de dépenses actuels, ou imposer de fortes réductions en termes réels d'ici la fin de la décennie. Le think tank estime que ne pas traiter la question lors du budget du 28 octobre pourrait donner l'impression que le Parti travailliste fixe des plans de dépenses irréalistes.
« Une fiction » : le message de l'IFS
Helen Miller, directrice de l'IFS, a déclaré qu'inscrire sur le papier des coupes implicites que le chancelier n'a aucune intention d'appliquer ferait du budget une fiction. Le Guardian rappelle que cette critique fait écho à celle adressée à Jeremy Hunt, ancien chancelier conservateur, accusé avant les élections générales de 2024 par l'alors responsable de l'Office for Budget Responsibility de fixer des plans de dépenses irréalistes.
Dans son rapport, l'IFS demande à John Healey d'éviter un budget du type « steady as she goes » qui reporterait les décisions à la revue des dépenses de l'an prochain. Le think tank écrit que, si le chancelier fixe pour les services publics des enveloppes qu'il ne serait pas prêt à respecter, son plan de conformité aux règles budgétaires ne sera pas crédible.
Selon Helen Miller, l'hypothèse du Trésor selon laquelle tout peut être repoussé à la revue des dépenses de l'an prochain risque de fragiliser la crédibilité du chancelier. Elle plaide pour un chancelier qui espère le meilleur mais planifie le pire.
Marge de manœuvre et coûts d'emprunt
Selon le Guardian, l'attention avant le budget s'est surtout portée sur la marge dont dispose le chancelier par rapport à la principale règle budgétaire du Parti travailliste, qui vise à équilibrer en 2029-30 les dépenses courantes et les recettes. La guerre au Moyen-Orient alimente une forte baisse du marché de la dette publique, et la hausse des coûts d'emprunt devrait effacer une partie importante du coussin de 24 milliards de livres laissé par l'ancienne chancelière Rachel Reeves lors de la déclaration de printemps.
Des économistes de premier plan, cités par le quotidien, prédisent que les mouvements de marché depuis le début de la guerre, en février, pourraient éliminer environ la moitié de cette marge, ce qui nourrit l'inquiétude au Trésor face à un risque de réaction des marchés.
L'IFS nuance : la hausse des charges d'intérêts pourrait ajouter 10 milliards de livres à l'emprunt en 2029-30, mais l'État bénéficierait de recettes fiscales accrues grâce à l'inflation. Le chancelier ne verrait ainsi sa marge réduite que de 4 milliards de livres. Le think tank met toutefois en garde contre une focalisation sur ce coussin, car le choc inflationniste pèse aussi lourdement sur le plan de financement des services publics.
Le choc inflationniste sur les services publics
D'après l'IFS, l'inflation réduit le pouvoir d'achat des dépenses publiques et oblige le gouvernement à choisir : accepter des baisses en termes réels et chercher des gains d'efficacité, ou abonder les budgets des ministères, soit par des hausses d'impôts, soit par davantage d'emprunt. Laisser inchangés les totaux de dépenses au budget reviendrait implicitement à accepter une baisse de la qualité ou de la quantité des services publics.
Le think tank chiffre à environ 35 milliards de livres les hausses d'impôts ou baisses de prestations nécessaires pour compenser le choc d'inflation et financer l'engagement de John Healey de porter les dépenses de défense à 3 % du PIB d'ici 2030. Selon Helen Miller, conserver les plans hérités de fiscalité et de dépenses reviendrait à laisser l'inflation faire dérailler les budgets des ministères, et à tolérer des coupes sensibles, plus importantes si la défense était augmentée dans les totaux existants. Elle précise que le chancelier n'aurait pas à détailler la prochaine période de revue des dépenses, mais seulement à fixer des enveloppes globales qu'il serait prêt à respecter.
Tensions avec la Banque d'Angleterre et réponse du Trésor
Le Guardian rapporte que le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, a déclaré la semaine dernière que la politique budgétaire devait être crédible et perçue comme telle par les marchés financiers. Le lendemain, le Times a cité une source gouvernementale selon laquelle Andrew Bailey devrait se concentrer sur son travail.
Un porte-parole du Trésor a répondu que le chancelier se concentre pleinement sur ses priorités : soutenir les entreprises, aider face au coût de la vie et appuyer les habitants de chaque territoire, avec une discipline budgétaire et l'engagement de respecter les règles budgétaires avec une marge face à l'incertitude. Il a ajouté que l'Office for Budget Responsibility publiera ses prévisions actualisées avec le budget et que le Trésor ne commentera pas les rumeurs ou propositions sur leur contenu d'ici là.
Analyse
Les éléments rapportés par le Guardian montrent que l'IFS déplace le débat : au-delà de la marge de 24 milliards de livres, il met l'accent sur la crédibilité des enveloppes de dépenses. Selon le think tank, cet enjeu compte davantage que l'érosion limitée de la marge, estimée à 4 milliards de livres, pour juger de la crédibilité du budget du 28 octobre.
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
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