Diesel russe : l'accord annoncé par Donald Trump apporterait peu de répit sur les prix, selon les analystes cités par CNBC
Donald Trump a annoncé un accord pour des livraisons de diesel russe avant les élections de mi-mandat. D'après CNBC, les analystes jugent les volumes trop faibles pour peser sur les prix.

L'essentiel
- Selon CNBC, Donald Trump a annoncé un accord prévoyant 300 000 tonnes de diesel russe immédiatement, puis 500 000 tonnes en novembre.
- D'après AAA, le diesel a atteint un record moyen de 6,5276 dollars le gallon fin septembre.
- Selon Jefferies, les volumes convenus ne devraient pas changer grand-chose aux prix.
- Lombard Odier rappelle que des livraisons annoncées ne sont pas des livraisons effectives.
Un accord annoncé avant les élections de mi-mandat
Selon CNBC, le président américain Donald Trump cherche à soulager la pénurie de diesel avant les élections de mi-mandat de novembre. Les analystes interrogés estiment toutefois que ses initiatives ne devraient guère faire baisser les prix. Donald Trump a annoncé un accord par lequel la Russie libérerait 300 000 tonnes métriques à destination des États-Unis et des marchés mondiaux, immédiatement. Suivraient 500 000 tonnes en novembre, puis 1 million de tonnes ensuite.
D'après le président américain, Moscou livrerait ensuite 3 millions de tonnes supplémentaires, en fonction de l'état de ses raffineries. Le Trésor américain a délivré une licence temporaire assouplissant les sanctions sur le diesel russe afin de faciliter cet accord, annoncé vendredi, selon CNBC.
Un « cessez-le-feu énergétique » qui a surpris
Dimanche, Donald Trump a aussi déclaré un « cessez-le-feu énergétique » entre la Russie et l'Ukraine. Selon CNBC, l'annonce a surpris les responsables politiques dans le monde, Kiev compris. Les cours du pétrole ont reculé lundi, bien que la Russie ait frappé une centrale électrique peu après, puis ils sont remontés.
Un enjeu politique et un diesel à un niveau record
Toujours d'après CNBC, le président cherche à contenir l'inflation avant ces élections, où son Parti républicain risque de perdre les deux chambres. Selon le Pew Research Center, 84 % des électeurs inscrits jugent l'économie « très importante » pour leur vote.
Le prix moyen du diesel a atteint un record de 6,5276 dollars le gallon fin septembre, d'après AAA. Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont pesé sur l'offre.
Des analystes sceptiques sur l'effet réel
Mohit Kumar, chef économiste Europe chez Jefferies, a écrit dans une note que Donald Trump explore toutes les pistes pour faire baisser le diesel avant le scrutin. Il ajoute que l'accord avec la Russie suscite l'opposition d'une partie des Américains et de dirigeants européens, car il contourne les sanctions en vigueur. Une offre accrue allégerait certaines tensions, mais les volumes convenus ne devraient pas changer grand-chose, selon lui.
Les analystes de Lombard Odier jugent l'accord, comme les projets chinois de reprise des exportations de carburants raffinés, « potentiellement significatif ». Ils expliquent que les pénuries de diesel ont amplifié les effets inflationnistes de la perturbation de l'offre énergétique, notamment dans les transports, l'agriculture et la production industrielle. Ils préviennent cependant que des expéditions annoncées ne valent pas une offre livrée. Aucun des deux accords ne restaure immédiatement les infrastructures endommagées ni ne normalise le transport maritime, selon eux.
Neil Atkinson, ancien responsable de la division pétrole de l'Agence internationale de l'énergie, se montre plus pessimiste dans une note transmise à CNBC. Selon lui, l'origine des volumes destinés à l'accord reste un mystère, à moins qu'ils ne proviennent de l'offre intérieure russe, ce qui pénaliserait lourdement l'économie du pays.
Il rappelle que le G7 a récemment autorisé la libération de 50 millions de barils de produits pétroliers, surtout du diesel. Cela n'a, dit-il, presque rien changé à la tension sous-jacente du marché, faute de précisions sur les quantités, le calendrier et les lieux. Il juge que le nouvel accord américano-russe aura le même sort : même si les 300 000 tonnes initiales étaient disponibles dès demain, l'effet serait limité.
Il explique cette absence d'effet par l'ampleur de la demande : les États-Unis consomment 3,7 millions de barils de diesel par jour et le monde 29 millions. Les États-Unis disposent de 105 millions de barils de stocks commerciaux de diesel. Avant la guerre, le Golfe exportait près de 1 million de barils par jour de diesel, et cette capacité reste en grande partie perdue en raison des dégâts sur les raffineries et des difficultés d'exportation par voie maritime, d'après lui.
Une lecture encore plus sombre à Singapour
Dans une note à ses clients, les analystes de Quantum Strategy, à Singapour, écrivent qu'ils s'attendent à un échec économique de l'accord. Ils se disent toujours positionnés à l'achat sur les distillats et le brut, et vendeurs d'actifs américains. Ils anticipent aussi que Vladimir Poutine y verra une invitation à intensifier sa guerre grise en Europe. Cela aurait des effets négatifs sur l'euro et la dette souveraine de l'Union européenne, selon eux, les Européens devant renforcer leur défense.
Analyse
Les sources convergent sur un point : l'annonce politique et le volume physique ne coïncident pas. Les analystes cités mettent en avant la taille du marché, l'incertitude sur les livraisons et les dégâts persistants sur l'offre. Ils jugent, dans l'ensemble, que l'accord ne suffira pas à détendre rapidement le marché du diesel. Seule Lombard Odier lui reconnaît un potentiel significatif, assorti de réserves.
Sources
Documents consultés pour rédiger cet article. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
- 1.